Priorat, le grand éloignement

Priorat, le grand éloignement, 2020-2022, avec Hervé Siou
livre Lo diable gros, CAT

Après avoir travaillé sur les différentes façons d’habiter en Espagne avec l’historien Hervé Siou (projet Espagne déshabitée http://espagnedeshabitee.fr ), nous avons souhaité centrer ce travail sur un territoire particulier dans lequel la ville, bien qu’éloignée, reste omniprésente. Avec cette série sur le Priorat,une terre rurale du sud de l’Espagne aujourd’hui très peu peuplée, nous nous sommes intéressés à la question de l’exode rural. Ici, la ville est invisible. Barcelone et Tarragone, ces métropoles qui ont englouti les habitants progressivement depuis le début du XXe siècle, restent dans l’ombre. Et pourtant, point d’attraction des migrations, c’est d’elles que tout est parti. C’est vers elle que tous se sont dirigés.

En abordant ce qui, d’une certaine façon, est le revers de la ville, dans ces lieux marqués par l’éloignement de l’homme, je me suis demandée ce que la photographie pouvait dire de ce qui a disparu, de ce qui reste. J’ai alors recherché dans le paysage les traces d’un passé habité par l’homme et je me suis demandé si l’exode rural n’est pas, aussi, à l’origine d’un éloignement de la « nature ». Qu’en est-il alors de cet habiter marginal ? Que nous dit-il des relations entre l’urbain et le rural, entre les hommes et leur environnement ?

En noir et blanc, par des montages analogiques réalisés par contact, mes images évoquent une mise à distance du sujet. Dans les interstices, les plis et plissements du paysage, j’observe les traces, les ruines qu’a laissé la migration.

Dans le texte inspirant ces images, Hervé quant à lui part de l’histoire personnelle de sa famille pour proposer une étude approfondie des mouvements humains de la région et leur impact sur le paysage.

Priorat. Le grand éloignement» présente un regard décalé sur la dépopulation, en faisant dialoguer sciences sociales et photographie, analyse documentaire et pratique artistique.