Un rayon dans cette mer sur une lune

Vers emprunté aux Poèmes à la nuit (1916) de Rainer Maria Rilke, le titre de la série "Un rayon dans cette mer sur une lune" évoque le mouvement de notre regard sur le monde, le mouvement de nos incertitudes. Les pierres de la côte basque, érodées par les marées et le vent, recréent des cartographies avec leurs courants, lits, monts et cratères, dans une matérialité rugueuse et brillante. On pourrait y voir des photographies aériennes de planètes ou satellites lointains, on pourrait voyager par l'imaginaire dans leurs méandres, on pourrait y lire des signes graphiques dessinés par les éléments. On pourrait les classer parmi les “pierres paysages” ou “pierres de rêves” chères à Roger Caillois et à une certaine tradition asiatique.* Qu'ils soient microcosmes ou macrocosmes, ces territoires sont seulement habitables par nos projections… ce sont en somme, des objets transitoires à nos voyages imaginaires.

* Les “pierres à images” sont selon l'écrivain français Roger Caillois, des pierres curieuses, non précieuses qui semblent constituer de véritables œuvres d'art figuratives ou abstraites. En Chine, ces pierres sont nommées gongshi ou guai shi (pierres fantastiques ou étranges) ou shang-sek, suiseki au Japon (sui signifiant eau et seki pierres), en Corée useok (pierre éternelle).

En montagne, en forêt, au plus près de l’eau, Anaïs Boudot marche, parcourant des territoires pour y glaner des matériaux d’images. Entre quête mystique et mission photographique, sa démarche se poursuit dans le laboratoire qu’elle transforme en atelier d’artiste, un espace mental qui prolonge ses expériences avec les éléments naturels. Là, dans l’exploration technique du tirage gelatino-argentique sur plaque de verre, elle fait la part belle au geste, accueille l’accident. Et dans le noir surgit la lumière d’or, d’argent, mais encore l’éclat et le bris. Seules, en polyptyque ou en série, ses images d’une grande matérialité sollicitent la perception. Le regard s’immisce dans des interstices réels ou représentés, fait le lien entre ces failles temporelles, une vague se déroule puis se retire. Galerie Binome, juillet 2019

Cette série a été produite à BilbaoArte